La politique des honneurs dans les cités grecques à l’époque impériale
Atelier de Tours, 6 avril 2013

L’atelier de Tours, qui a eu lieu le 6 avril 2013 à l’université François-Rabelais, a pris la forme d’un véritable workshop durant lequel les intervenants ont soumis à la discussion leur recherche en cours (voir programme à télécharger ci-dessous).

Les trois premières communications ont porté sur des catégories spécifiques de bénéficiaires. Ainsi, François Chausson a étudié en détails une inscription de Sardes, datée du règne de Sévère Alexandre, honorant un grand notable local et déroulant sa généalogie. Si les quatre statues votées en l’honneur de cet individu s’expliquent par son action lors de circonstances difficiles (peut-être une disette), le texte gravé apparaît en même temps comme un hommage aux Asinnii, famille de rang consulaire qui garde néanmoins un fort ancrage local, notamment par le biais des femmes. Gabrielle Frija a ensuite présenté une base de données recensant les honneurs votés aux proches des gouverneurs en Asie et en Lycie entre le Ier s. av. J.-C. et le IIIe s. ap. J.-C. Sur la soixantaine d’attestations recensées, la moitié environ concerne les épouses de gouverneurs, le reste se répartissant entre fils, filles, parents, oncle, etc. En Asie, l’essentiel des témoignages se concentre à la fin de l’époque républicaine et à l’époque augustéenne, alors qu’en Lycie, ce sont les décennies suivant la provincialisation qui voient se développer des monuments familiaux pour le gouverneur et ses proches. De tels monuments, tout comme les statues isolées érigées pour les épouses ou autres parents du gouverneur, sont d’abord un autre moyen d’honorer le gouverneur lui-même, mais peuvent aussi être l’occasion pour les cités de nouer des liens supplémentaires avec les familles de l’aristocratie romaine. Éric Guerber a pour sa part réuni un corpus d’une trentaine d’inscriptions concernant les curateurs de cités en Orient. La plupart d’entre eux sont honorés dans la cité où ils étaient en mission, avec le même vocabulaire que les grands notables locaux. La curatelle tend à être présentée comme une évergésie et semble avoir été pleinement intégrée au système des honneurs civiques – étant elle-même parfois assimilée à un honneur.

Les trois communications suivantes ont tenté de dégager l’apport des sources littéraires à la problématique des honneurs civiques. Anne Gangloff a d’abord étudié les occurrences du mot timai dans les discours de Dion de Pruse, leur contexte et leur sens, ainsi que les termes et notions associés. Elle a ainsi mis en lumière une tension entre la condamnation des dérives démagogiques du système des honneurs et la reconnaissance de ses liens profonds avec l’idéologie civique traditionnelle. Puis elle a présenté les différents types d’honneurs attestés chez Dion (éloge, statue, décret, atélie, proédrie, funérailles publiques, etc…) et la hiérarchie établie entre eux par le sophiste. À sa suite, Henri Fernoux a proposé un commentaire du Discours rhodien de Dion de Pruse, dont le fil directeur est la critique de la gestion des statues honorifiques par la cité de Rhodes. Tout en traduisant la conception que se fait le sophiste de l’échange entre la cité et ses bienfaiteurs (sorte de contrat dont la statue est la garantie), ce discours permet d’éclairer la question du statut juridique des statues honorifiques et la procédure aboutissant à l’octroi ou à la suppression d’un honneur. Enfin, Sophie Lalanne a étudié trois extraits du roman grec Callirhoé dans lesquels transparaissent des réalités institutionnelles telles que les funérailles publiques ou les acclamations populaires conduisant au vote d’honneurs à l’Assemblée.

Christophe Hugoniot ayant été empêché, il n’a pas pu présenter la dernière communication prévue au programme, mais en proposera une version écrite lors de la dernière étape du projet.

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