La politique des honneurs dans les cités grecques à l’époque impériale
Atelier d’Athènes – 2 février 2013

L’atelier d’Athènes, qui s’est déroulé le 2 février 2013 à l’Institut Néerlandais d’Athènes, était organisé autour de sept interventions (voir programme à télécharger ci-dessous), qui ont donné lieu à des discussions nourries.

Les intervenants ont présenté des dossiers documentaires rendant compte du développement de nouvelles pratiques dans la politique des honneurs à l’époque impériale. Ainsi, Andrew Farrington s’est interrogé sur les implications de l’usage du titre Olympionikès dans les inscriptions honorifiques, usage concentré dans une région particulière (le sud-ouest de l’Asie Mineure, et en particulier la vallée du Méandre) entre la fin du Ier et la fin du IIIe s. ap. J.-C. Faisant référence à des concours locaux, ce titre témoigne d’une culture commune au sein de laquelle la victoire athlétique peut être mobilisée comme élément de prestige des élites. Nikos Giannakopoulos a présenté une autre nouveauté, d’ordre institutionnel : la création de prêtrises viagères et héréditaires. Résultat d’une transaction complexe entre le bienfaiteur ainsi honoré et la cité, une telle décision, en fondant légalement la supériorité d’une lignée, tend à instituer une aristocratie de droit, ce qui est tout à fait contraire à la tradition civique grecque.

D’autres interventions ont davantage mis l’accent sur les continuités avec l’époque hellénistique. La mention explicite du financement privé d’honneurs publics, étudiée par Francesco Camia, apparaît de fait minoritaire en Grèce continentale, en-dehors du cas particulier de Sparte. Le financement public des statues honorifiques semble rester la règle, et c’est pourquoi la plupart des inscriptions ne le précise pas. Sofia Zoumbaki a présenté un corpus des honneurs accordés aux Romains et Italiens venus commercer en Grèce à la fin de l’époque républicaine (plus tard, il est difficile de les différencier des Grecs ayant obtenu la ciuitas). Même si quelques cas pourraient traduire une affirmation identitaire romaine, l’impression d’ensemble est celle d’une forte intégration de ces résidents à la vie locale et de leur adoption du système honorifique grec.

Enfin, plusieurs communications ont exploré les interactions entre le niveau local et le niveau impérial dans le discours honorifique, mais aussi dans le contexte archéologique des honneurs. Valentina Di Napoli s’est attachée à reconstituer la place, la taille et l’aspect des statues érigées au théâtre. Sauf exception, les Grecs semblent avoir veillé à maintenir clairement une hiérarchie entre statues de particuliers et statues de l’empereur et de sa famille. De même, les décrets civiques en l’honneur de l’empereur, étudiés par Kostas Buraselis, recourent à une rhétorique hyperbolique soulignant la position exceptionnelle et insurpassable de l’empereur, en adéquation avec l’idéologie impériale. Dans certains cas, la parole de l’empereur ou du gouverneur peut toutefois servir des stratégies locales, ainsi que l’a démontré Christina Kokkinia en s’intéressant aux martyria intégrés à des inscriptions honorifiques. Ces recommandations, source potentielle d’honneurs pour les notables qui en bénéficient, apparaissent aussi comme le lieu d’une négociation plus large entre le pouvoir impérial et la cité.

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